Le paradoxe du transfert. Repenser les déséquilibres mondiaux
Les déséquilibres mondiaux sont revenus au premier plan de l’agenda des politiques économiques. De nombreuses analyses et rapports ont été publiés ces derniers mois. La prescription standard consiste en une meilleure coordination des politiques macroéconomiques, autour de trois recommandations classiques : une consommation plus élevée en Chine, un investissement plus élevé en Europe et un assainissement budgétaire aux États-Unis.
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Points clés
Un excédent de la balance courante peut s’interpréter comme un transfert de ressources vers les partenaires. Le fait que ces derniers s’en plaignent constitue un paradoxe pour l’analyse économique standard.
Une perspective dynamique permet d’expliquer ce paradoxe : en tirant parti des marchés mondiaux pour démultiplier les effets d’échelle et d’apprentissage, les excédents créent et consolident un avantage compétitif et une domination technologique, au détriment des pays déficitaires.
C’est ce que nous appelons le « paradoxe du transfert » : recevoir des ressources réelles devient un désavantage.
Dans ce contexte, les déséquilibres mondiaux ne reflètent pas seulement une coordination insuffisante, mais aussi des stratégies conflictuelles. Reconnaître cet antagonisme objectif est un préalable à l’élaboration de réponses coopératives.
Dans cette optique, les équilibres sectoriels sont sans pertinence. Puisque la balance courante est, par identité comptable, égale à l’épargne nationale moins l’investissement intérieur, les politiques sectorielles ne peuvent, à elles seules, corriger les déséquilibres extérieurs. Droits de douane, subventions, politiques industrielles et mouvements de taux de change peuvent modifier la composition des échanges mais, à moins d’affecter l’épargne ou l’investissement agrégés, ils ne changent pas le solde global de la balance courante. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment introduit le concept de « politiques macro-industrielles », agissant directement sur les comportements d’épargne et d’investissement. Toutefois, en raison de leur coût pour la consommation et le bien-être intérieurs, elles étaient présentées comme des déterminants de second ordre de la balance courante.
Nous soutenons que ces analyses et recommandations dépendent étroitement des modèles utilisés, et sont donc fragiles. Les outils analytiques qui conduisent à ces conclusions existent depuis des décennies. Pourtant, ils n’ont pas suffisamment informé l’analyse dominante. Cette lacune a des conséquences directes sur les prescriptions de politique économique, ainsi que sur la nature et les objectifs de la coopération internationale.
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