Pékin s'entraîne à un blocus de Taïwan
L'armée chinoise a lancé des manœuvres mimant le blocage des voies d'approvisionnements maritimes et aériennes de « l'île rebelle », afin de faire monter la pression sur Taipei. Un message envoyé aussi à Washington.
S'entraîner à étrangler Taïwan. C'est tout simplement l'objectif des manœuvres lancées ce mardi matin par l'armée chinoise, les deuxièmes seulement organisées depuis 1949 et à peine cinq mois après les premières de ce type.
Les exercices de « supériorité aérienne, tirs de précision et assauts sur des cibles terrestres et navales, ainsi que blocages de voies maritimes clés », selon les termes de Pékin, visent à améliorer les capacités à imposer un jour un blocus naval destiné à asphyxier Taïwan. Ce afin de réabsorber « l'île rebelle », ainsi que la qualifie le régime chinois, une obsession de son numéro un, Xi Jinping.
Un blocus moins risqué qu'une invasion
Pékin a mobilisé 21 navires, dont un de ses trois porte-avions, le Shandong, ainsi que 71 avions, un record depuis mai dernier. La Chine a annoncé que ses forces se rapprochaient de l'île de « multiples directions ». En réponse, Taipei, qui n'a par ailleurs pas décelé de tirs chinois à balles réelles, a déployé avions, navires et missiles.
Un blocus est jugé par les analystes moins risqué et coûteux qu'une invasion pure et simple de Taïwan, car cette dernière constituerait l'opération combinée aérienne, terrestre et navale de loin la plus ambitieuse de tous les temps. Il faudrait en effet que des centaines de navires de débarquement (notamment les sept M71 amphibies chinois capables d'emporter 500 soldats et une dizaine de blindés) et d'appui-feux, frégates et croiseurs, sans oublier des… paquebots civils convertis dans le transport de troupes, traversent un détroit de 150 km sous le tir de milliers de missiles. Le tout pour prendre pied sur les seulement huit plages accessibles de cette île de vingt millions d'habitants armée jusqu'aux dents. Effet de surprise impossible, il faudrait des mois à ces forces pour se masser dans les ports chinois sous l'œil des satellites d'observation.
Une réponse à la visite du chef du Pentagone
Pékin, qui a exercé sa souveraineté sur l'île seulement de 1683 à 1895, avant qu'elle ne passe sous le contrôle du Japon puis accueille les troupes nationalistes chassées du continent en 1949, teste chaque jour avec ses avions de chasse et navires la réactivité de Taïwan. Sans toutefois jamais pénétrer les eaux territoriales pour ne pas déclencher un incident de nature à dégénérer. Le président taïwanais démocratiquement élu en janvier, Lai Ching-te, a qualifié le mois dernier la Chine de « force étrangère hostile » et pris des mesures pour lutter contre l'infiltration et l'espionnage chinois.
Ces manœuvres s'inscrivent dans une « coercition croissante » de Pékin sur Taïwan, estime Marc Julienne, directeur du centre Asie à l'Institut français des relations internationales, avec la possibilité de « passer soudainement d'un exercice à une opération de guerre», notamment du fait que les navires chinois se déploient à faible distance de ports stratégiques de l'île. En revanche, ce crescendo de menaces de la Chine sur l'île n'est pas lié à l'évolution du dialogue sino-américain, actuellement moins tendu qu'en 2023, estime le chercheur. D'ailleurs, si Pete Hegseth, le chef du Pentagone, s'est rendu en Asie ces derniers jours, il n'a pas particulièrement mentionné Taïwan dans ses interventions. Les Etats-Unis maintiennent depuis toujours une « ambiguïté stratégique » quant à leur éventuelle intervention militaire en cas d'invasion chinoise, pour à la fois ne pas provoquer Pékin, mais sans lui donner pour autant l'impression d'un feu vert à l'invasion. Donald Trump a plusieurs fois déclaré qu'il faudrait que Taïwan « paye plus » pour obtenir des engagements de défense…
Ne pouvant se reposer aveuglément sur Washington, Taïwan s'est constitué une sorte « d'assurance vie », par une politique volontariste visant à lui assurer une position incontournable dans les microprocesseurs vitaux pour les industries électroniques : son entreprise, TSMC, détient 58 % du marché mondial.
L'armée chinoise a diffusé mardi une vidéo montrant des bâtiments de guerre et des avions de chasse encerclant Taïwan, avec le titre « Ça se rapproche ».
>Lire l'article sur Les Echos.
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