Politique de dissuasion et guerre limitée
Il y a quelques années, les États-Unis prirent, sans même s'en apercevoir, une décision qui excluait la guerre préventive, du moins la politique de la guerre préventive. Cette décision fut prise sans que la question ait été véritablement discutée, en raison de l'unanimité qui régnait aux États-Unis contre l'éventualité d'une telle guerre.
Cette décision des États-Unis impliquait, inévitablement, un engagement des États-Unis en ce qui concerne la stratégie de la dissuasion ; car, de deux choses l'une, ou bien vous envisagez dans une guerre que vous frappez le premier, c'est-à-dire que vous considérez l'éventualité d'une guerre préventive, ou bien vous devez faire en sorte, en le menaçant d'une riposte massive, que l'ennemi ne puisse vous frapper le premier, ce qui est la politique de dissuasion.
La situation militaire moderne diffère de la situation antérieure par le fait que les instruments de l'offensive sont essentiellement différents des instruments de la défensive. Si l'on se souvient de ce qui s'est passé en 1914, on constate qu'alors les forces françaises et le petit contingent britannique qui les appuyait se sont regroupés après la première bataille pour affronter l'offensive allemande qui descendait du nord ; dans ce cas les forces qui servaient à la défensive étaient les mêmes que celles qui servaient à l'offensive. Les militaires, on le sait, ont toujours attribué une importance considérable à l'initiative et cependant, aujourd'hui, l'initiative n'est pas admise dans la stratégie à laquelle s'attachent les États-Unis.
Les éléments de la stratégie de la dissuasion sont difficiles à apprécier et difficiles à mettre en oeuvre. Ils ne correspondent pas en effet aux idées traditionnellement admises et auxquelles tiennent les spécialistes militaires. Ceux-ci essayent de compenser leur insatisfaction de la nouvelle situation et des conceptions qu'elle impose par des notions telles que celle de « guerre préemptive », qui est une espèce de compromis entre le refus de l'initiative et l'acceptation de l'initiative dans certaines circonstances. La guerre préemptive est définie comme étant l'initiative prise par l'une, des parties lorsque l'autre est sur le point de prendre cette initiative ; c'est une espèce de compromis théorique entre la riposte et le premier coup.
Les militaires ont aussi tendance à attribuer une très grande importance à l'avertissement qui peut être donné d'une attaque ennemie. Il ne faut pas oublier que, lorsqu'on parle de dissuasion aux États-Unis, on envisage trois sortes de dissuasions :
1) la dissuasion d'une attaque directe, et par conséquent, d'une attaque nucléaire contre le territoire des États-Unis ;
2) la dissuasion d'une attaque nucléaire contre les alliés des États-Unis ;
3) la dissuasion d'attaques mineures, non nucléaires, contre les alliés des États-Unis ou quelque part ailleurs dans le monde.
PLAN DE L'ARTICLE
- Nouveauté de la situation stratégique actuelle
- Éléments et limites de la dissuasion
- Stratégie de dissuasion et guerres limitées
- Les conditions d'une « limitation » des conflits
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Politique de dissuasion et guerre limitée
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