Le traité de Lisbonne devait faire entrer l'Union dans une ère nouvelle. Le bilan d'aujourd'hui, qui n'est que partiellement imputable à Lisbonne, est peu enthousiasmant: ce numéro de Politique étrangère en donne quelques illustrations.
La question turque, qui fait l'objet du premier dossier de ce numéro, peut être vue comme l'emblème de l'incapacité de l'Union à décider, et à intégrer une conception claire de son être et de son destin. Et ce ne sont sans doute pas les institutions mises en place par le traité de Lisbonne qui rendront les choses plus claires... Les réglages institutionnels s'engagent sous l'œil soupçonneux des États. On observera donc de près la mise en place du Service européen d'action extérieure.
À travers ce qu'il faut bien voir comme une crise rampante de l'UE, s'exprime la difficulté de penser les instruments d'une gouvernance adaptée aux problèmes nouveaux du monde. L'exemple de l'intervention militaire en Afghanistan -objet du second dossier de ce numéro- est éloquent sur le brouillard présent de l'action multilatérale. Il s'agit aujourd'hui de réussir un transfert de compétences à l'État afghan, qui permette un retrait militaire sans effondrement de ce dernier.
Deux contributions de ce numéro creusent plus avant le thème des nouvelles institutions de la gouvernance: sur les organisations régionales de sécurité (à l'exemple de l'Organisation de coopération de Shanghaï), et sur la «machinerie globale» du G20.
Le domaine nucléaire est lui aussi à la recherche d'une gouvernance nouvelle, au-delà des accords ponctuels sur les cas iranien ou coréen, et de l'affaiblissement du système de non-prolifération.
TURQUIE : ENJEUX INTERNES ET CHOIX DIPLOMATIQUES
De l'élargissement à l'éloignement : la Turquie veut-elle toujours adhérer à l'Union européenne ? - Dorothée SCHMID
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L’ouverture des négociations avec l’UE a été pour Ankara une bonne nouvelle, vue comme un succès et un encouragement. La bonne surprise tourne en déconvenue devant le rythme des négociations et leur absence de perspective. Décideurs et opinion mêlés, la Turquie pourrait passer, vis-à-vis de l’UE, de la posture du rapprochement à celle de l’éloignement. Le tout, dans un contexte de redéfinition rapide des espaces d’intervention d’une diplomatie dynamique et en plein essor régional.
Dorothée SCHMID, diplômée de Sciences Po Paris et docteur en sciences politiques (université Paris-II), est responsable du programme «Turquie contemporaine» à l’Ifri. Au-delà de la Turquie, son expertise porte notamment sur les politiques extérieures de l’Union européenne et sur les questions régionales méditerranéennes.
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[masquer] Quel avenir pour le couple Turquie-Israël ? - Pierre RAZOUX
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Dès la fin de la guerre froide, la Turquie et Israël ont établi un partenariat stratégique. L’arrivée au pouvoir de l’AKP en Turquie et d’un gouvernement peu enclin au compromis en Israël, combinée à la nouvelle donne géopolitique du Proche-Orient, ont vidé ce partenariat de sa substance. Il est désormais plus une contrainte qu’un atout pour la nouvelle politique étrangère turque. Les deux pays ont pourtant intérêt à préserver les apparences et à maintenir ce partenariat a minima.
Pierre RAZOUX est responsable de recherches au Collège de défense de l’OTAN à Rome, en charge du dossier du Proche-Orient. Il a récemment publié Histoire de la Géorgie. La clé du Caucase (Paris, Perrin, 2009) et Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne (Paris, Perrin, 2008).
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[masquer] L'Affaire Ergenekon: quels enjeux pour la démocratie turque? - Nur BOLAT
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Ouverte en 2007, l’enquête Ergenekon dénonce des projets de subversion de l’État turc. Au-delà de faits plus ou moins avérés, elle renvoie à un débat fondamental de la vie politique turque: le rapport entre l’État réel et l’État profond, système d’influences et de solidarités parallèle aux institutions. L’affaire Ergenekon témoigne aujourd’hui de la division politique du pays, mais elle pourrait aussi conduire à une progressive modification de ses pratiques institutionnelles.
Nur BOLAT, diplômée du département des Relations internationales de l’université Galatasaray et du Master «Politiques et sociétés en Europe» de Sciences Po Paris, est actuellement assistante de recherche pour le programme «Turquie contemporaine» de l’Ifri.
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[masquer] La question kurde à l'heure de l'ouverture d'Ankara - Hamit BOZARSLAN
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L’année 2009 a mis en scène les paradoxes de la société politique turque sur le problème kurde: pression de la vieille garde kémaliste, et contradictions d’une AKP qui ne peut renoncer à aucun de ses électorats–turc ou kurde... L’ouverture du gouvernement se poursuivra, mais elle échouera sans doute à se traduire en avancées législatives. La question kurde est aujourd’hui l’otage des incertitudes internes du régime, et de l’évolution des pays voisins: Irak, Iran, Syrie.
Hamit BOZARSLAN, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), a codirigé l’Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) entre 2002 et 2008. Parmi ses derniers ouvrages: Le Conflit kurde. Le brasier oublié du Moyen-Orient (Paris, Autrement, 2009).
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[masquer]AFGHANISTAN : LA DIMENSION MILITAIRE ET REGIONALE
Afghanistan/Pakistan : de redoutables engrenages - Gilbert ÉTIENNE
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La société et l’État afghans sont sortis en 2001 épuisés par plus de 20 ans de guerres. L’intervention internationale décidée alors n’a pas pris la mesure des besoins du pays: ni concernant l’aide nécessaire, ni en matière de lutte contre la drogue, ni pour l’action militaire. L’échec de cette intervention n’est pas fatal, mais la barre doit être redressée dans tous ces domaines, en intégrant la dimension régionale et ses deux grands acteurs, le Pakistan et l’Inde.
Gilbert ÉTIENNE est professeur honoraire à l’Institut de hautes études internationales (IHEI) de Genève. Il a passé de nombreuses années en Asie pour ses recherches depuis 1952 et est l’auteur, entre autres, de Repenser le développement. Messages d’Asie (Paris, A. Colin, 2009) et de Imprévisible Afghanistan (Paris, Presses de Sciences Po, 2002).
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[masquer] La contre-insurrection à l'épreuve du conflit afghan - Pierre CHAREYRON
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La contre-insurrection en Afghanistan recourt aux leçons de l’histoire, mais les règles héritées des guerres coloniales doivent être adaptées aux spécificités du temps. Des facteurs comme la légitimité et l’homogénéité de l’insurrection, le poids des opinions publiques des pays coalisés, ou le rôle nouveau des technologies, doivent être pris en compte. Plus largement, la définition claire de l’objectif politique recherché et l’unité de direction restent des éléments déterminants.
Pierre CHAREYRON, chef de bataillon, est chercheur au Laboratoire de recherche de la Défense (LRD) au sein du Centre des études de sécurité de l’Ifri. Saint-cyrien, officier des Troupes de marine, il est ingénieur, diplômé du Cours supérieur d’état-major et breveté du Collège interarmées de défense (CID).
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[masquer] Afghanistan : les caveats et leurs conséquences - Rodolphe MODESTE
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Les national caveats, limites imposées par les États à l’utilisation de leurs forces, posent problème en Afghanistan, à divers niveaux. Ils brident la flexibilité opérationnelle de la force internationale, imposant des restrictions dans tous les domaines: pour les opérations de combat, y compris en collaboration avec l’armée afghane, ou pour la lutte contre le narcotrafic. Mais ils ne peuvent être seuls tenus responsables des impasses militaires actuelles.
Rodolphe MODESTE, doctorant en sciences politiques, travaille actuellement sur l’OTAN dans une perspective de sécurité globale. Précédemment, il a été chercheur associé au Centre d’études transatlantiques.
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[masquer]REPÈRES
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Selon Menahem Begin, Israël ne devrait jamais accepter à ses côtés aucun État nucléaire niant son existence. Mais en Israël même, de plus en plus d’analyses, d’experts et de politiques contestent la réalité de la «menace existentielle» venant d’Iran. Cette évolution, jointe aux difficultés techniques d’une frappe anti-iranienne, pourrait faire réfléchir Benjamin Netanyahou et dévaluer l’hypothèse d’une frappe israélienne, au profit d’autres types de solution, plus politiques.
Samy COHEN, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)/Sciences Po Paris, est spécialiste des questions de politique étrangère et de défense. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Tsahal à l’épreuve du terrorisme (Paris, Le Seuil, 2009).
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[masquer] Les enjeux de la création du service diplomatique européen - Pierre-Henri d'ARGENSON
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La création du service européen pour l’action extérieure est un des grands enjeux de la mise en place du traité de Lisbonne. Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité va devoir se situer dans une géographie institutionnelle complexe, entre le président du Conseil, le Conseil lui-même, la Commission... C. Ashton semble pour l’heure pencher vers la Commission: un rééquilibrage est nécessaire pour donner tout son sens à la nouvelle configuration issue du Traité.
Pierre-Henri d’ARGENSON est haut fonctionnaire et maître de conférences en questions internationales à Sciences Po Paris.
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[masquer] L'impossible équation de la gouvernance mondiale - Pierre DUQUESNE
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La crise pose avec une acuité particulière la question de la gouvernance mondiale. Le G20 semble s’être imposé, mais sa relation avec les autres formats, et avec les institutions «de Bretton Woods» est peu claire: thématiques, poids des différents acteurs, place des regroupements régionaux (tout particulièrement de la Représentation de l’Union européenne)... Le renforcement de l’influence des pays émergents est nécessaire, mais il ne suffit pas à définir une nouvelle architecture.
Pierre DUQUESNE est actuellement ambassadeur chargé des questions économiques de reconstruction et de développement.
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[masquer] Négociation, coopération régionale et jeu d'influences en Asie centrale: l'Organisation de coopération de Shanghai - Boris EISENBAUM
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La fin de l’URSS redonne à l’Asie centrale son importance stratégique: espace peu structuré entre la Russie et la Chine, zone de développement de la menace islamiste, réservoir de sources d’énergie, aire d’implantation de la puissance américaine à la faveur du 11 septembre et de la guerre afghane. L’Organisation de coopération de Shanghai répond à ces défis. Mais son avenir dépend de nouveaux équilibres de puissance régionaux, et de la solidité du rapprochement russo-chinois.
Boris EISENBAUM, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’université d'Oxford, est un expert des régions du Caucase et de l’Asie centrale. Il est consultant pour des organisations internationales (Nations unies, OCDE, Union européenne, Conseil de l'Europe) et auteur de Guerres en Asie centrale: luttes d’influence, pétrole, islamisme et mafias, 1850-2004 (Paris, Grasset, 2005).
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[masquer] La crise économique, facteur aggravant de l'instabilité en Afrique de l'Ouest - Yannick PROST
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Les effets de la crise mondiale diffèrent selon les États d’Afrique de l’Ouest: États qui ont connu l’effondrement puis une fragile convalescence; États patrimoniaux fonctionnant sans complexe sur leur rente; États, les plus nombreux, qui ont su composer avec les demandes de démocratisation et de bonne gouvernance. Les processus de réforme eux-mêmes n’ont pas réglé les blocages: la crise sociale actuelle relève à la fois d’un choc exogène et de crises internes de développement.
Yannick PROST, agrégé d’histoire, ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), est haut fonctionnaire. Il enseigne les questions internationales au Centre de préparation à l’ENA (Sorbonne/Ulm) et l’histoire à Sciences Po Paris. Il est l’auteur (avec Justine Faure) de Relations internationales: histoire, questions régionales, grands enjeux (Paris, Ellipses, 2008).
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Le paysage nucléaire et les choix français - André DUMOULIN
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Le nucléaire n’a pas disparu avec la guerre froide, et il ne sombrera pas davantage avec les discours éradicateurs du moment, comme en témoignent les programmes des grandes puissances, ou le rythme de la prolifération. Mais les débats actuels dans l’OTAN pourraient, en Europe, susciter un retrait des forces nucléaires américaines. Dans cette hypothèse, la posture française ne changerait pas radicalement mais prendrait une nouvelle dimension sur le Vieux Continent.
André DUMOULIN est attaché à l’École royale militaire (Bruxelles) et au département de Science politique de la Faculté de droit de l’université de Liège. Il est membre du Réseau multidisciplinaire d’études stratégiques Rmes.be.
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[masquer] Les années Bush et le conflit israélo-palestinien: un bilan - Antoine COPPOLANI
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Les années de présidence de George W. Bush sont marquées par le désengagement américain du conflit israélo-palestinien. Aux yeux de l’Administration, l’idée que celui-ci n’est pas central dans les enjeux moyen-orientaux est confirmée par le 11 septembre. L’intervention en Irak est à la suite poursuivie sous le slogan: «la route de Jérusalem passe par Bagdad». La conférence d’Annapolis ne fait qu’entériner les blocages dus à la dégradation sur le terrain. Barack Obama est l’héritier de ces blocages.
Antoine COPPOLANI, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Montpellier, achève actuellement une biographie de Richard Nixon et une étude sur les États-Unis et le conflit israélo-arabe (toutes les deux à paraître aux éditions Tallandier).
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