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8ième sommet des rencontres Asie-Europe (ASEM) - 4-5 octobre 2010 à Bruxelles - Le fossé entre les ambitions affichées et la réalité du rapport de force entre l'Europe et la Chine

Lettre du Centre Asie 54 - octobre 2010

Jamais un sommet de l'ASEM n'a produit une déclaration conjointe aussi longue et exhaustive que lors de cette 8ième réunion de haut niveau à Bruxelles réunissant 48 membres[1], dont pour la première fois, la Russie, la Nouvelle-Zélande et l'Australie.

Les partenaires ont en effet convenu d'un volumineux texte commun couvrant les enjeux globaux et régionaux intitulé « Améliorer le bien-être et accroître la dignité de tous les citoyens »[2], ainsi que d'une déclaration sur la gouvernance économique[3], thème premier de la rencontre.

Si les déclarations conjointes paraissent ambitieuses, en particulier l'inclusion des questions sociales et environnementales, les sommets bilatéraux UE-Corée (occasion de la signature d'un accord de libre-échange) et surtout UE-Chine qui ont suivi, ont de facto éclipsé l'ASEM. L'absence de textes courts et substantiels lors de ce 8ième sommet montre également la tendance à l'éparpillement du forum Asie-Europe. L'ASEM, trop large et hétérogène, risque de perdre de son effet utile.

Une déclaration équilibrée sur la gouvernance économique sur fond de tensions autour du yuan

Ce texte politique assez resserré, contrairement à la déclaration principale, s'inscrit clairement dans la perspective du Sommet du G20 de Séoul en mi-novembre prochain. Il s'articule autour de trois messages : réformes économiques structurelles, régulation financière et réforme des institutions financières internationales, sur fond de pressions pour une réévaluation du yuan.


Le diagnostic économique est relativement consensuel et insiste sur l'importance des réformes structurelles à mener en matière de déficits budgétaires dans un contexte d'incertitude économique et de fragilité financière.


Le message sur la régulation financière s'inscrit dans la lignée des positions européennes. Il vise notamment l'amélioration de la surveillance réglementaire des sociétés financières, des fonds spéculatifs et des agences de notation d'une part, et la conclusion d'accords en matière d'échange d'informations et de coopération entre les superviseurs d'autre part, sans pour autant préciser de modalités concrètes à ces démarches.


Le traitement de la réforme des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale) est sans doute plus instructif. Concernant  le FMI, la déclaration ne se contente pas de reprendre l'objectif de transfert d'au moins 5% des quotes-parts des pays surreprésentés aux pays sous-représentés, mais évoque également les autres paramètres de la réforme : la question des sièges au Conseil d'administration, mais aussi la gouvernance et le mandat de l'institution financière.


Sous la pression des pays asiatiques, et dans la perspective de l'assemblée annuelle du FMI (8-10 octobre), les Européens se sont dit prêts à leur céder deux sièges.  

Officiellement absente de l'ordre du jour, la question monétaire s'est invitée dans le débat et a de facto mobilisée l'attention publique. Les européens souhaitaient faire pression en coulisse sur la Chine pour qu'elle cesse de pratiquer le dumping monétaire dont elle est accusée. Une fin de non recevoir a été adressée dès l'ouverture du sommet de l'ASEM par le Premier ministre chinois Wen Jiabao pour lequel  il est nécessaire de « maintenir les taux de change des principales monnaies de réserve relativement stables ». Sujet devenu central notamment du fait des demandes répétées du  gouvernement américain pour la réévaluation du yuan, la « guerre monétaire » annoncée semble devenir un terrain sur lequel l'UE tente d'être plus offensive. Pékin affirmant qu'il s'agit d'une question d'ordre interne, l'insistance européenne est pour l'instant vaine. Elle semble même contreproductive en détournant l'attention  d'autres questions cruciales dans le calendrier bilatéral, comme le climat des affaires en Chine. Par ailleurs, en se focalisant sur la question chinoise, le dialogue Asie-Europe perd de son utilité première.

Le traitement ambitieux des sujets globaux et régionaux : avancée ou écran de fumée ?

La déclaration conjointe sur le « bien-être » est pléthorique : elle vise en priorité cinq thèmes (questions institutionnelles relatives à l'ASEM, développement économique, cohésion sociale, environnement et coopération), concerne tous les sujets politiques globaux (terrorisme, droits de l'homme, non prolifération, réforme des Nations unies, etc.) et, pour la première fois, traite de l'ensemble des enjeux régionaux sensibles (Birmanie, Corée du nord, Afghanistan, etc.). Mieux, le langage utilisé est globalement ambitieux, assez conforme aux positions européennes, notamment par la reprise des normes et standards internationaux pertinents pour chaque thème.

C'est en particulier le cas de la cohésion sociale, sujet intégré dès 2007 dans les travaux de l'ASEM. Deux instruments internationaux essentiels, la Déclaration de 2008 sur la justice sociale pour une mondialisation équitable, et le Pacte mondial pour l'emploi adopté par l'OIT en juin 2009, sont mis en exergue. Sur cette base, le texte met l'accent sur les travailleurs migrants, ainsi que sur l'idée d'un socle international de protection sociale. L'intérêt porté à ces deux thèmes a été salué, notamment par la Confédération européenne des syndicats (CES)[4] On peut néanmoins regretter la seule référence aux principes fondamentaux de l'OIT (et non aux Déclarations fondamentales de l'OIT comme dans les accords de libre-échange conclus par l'UE), et surtout l'absence dans le texte de la Stratégie de l'OIT pour le travail décent.

En d'autres termes, les déclarations conjointes souffrent d'un problème de cohérence entre les objectifs de politique économique et l'intérêt porté aux questions sociales. Il nous semble néanmoins que le langage de ce sommet de l'ASEM sur la cohésion sociale démontre l'attention croissante des pays asiatiques à la question sociale, sans doute en considération de pressions internes pour davantage de droits sociaux et économiques (en particulier les revendications des mingong en Chine). Ce thème pourrait ainsi être traité dans le cadre du G20, sous réserve à notre avis de sa déconnexion avec les sujets commerciaux, les grands émergents asiatiques étant fermement opposés au lien commerce / normes sociales (ou environnementales).

La question du changement climatique a également fait l'objet d'un traitement ambitieux, conformément aux standards internationaux de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (CNUCC). L'objectif de maintien de l'augmentation de la température moyenne terrestre à +2° C, qui apparaît dans l' « accord » de Copenhague, est également repris dans la perspective de la préparation de la Conférence sur le climat de Cancun de décembre prochain. Il convient enfin de souligner, dans les sujets globaux, l'importance accordée à la piraterie maritime.

Par ailleurs, l'ensemble des grandes questions régionales ont été traitées de manière exhaustive, ce qui est inédit. La Déclaration aborde notamment la question des droits de l'homme en Birmanie (est notamment évoquée la situation de Aung San Suu Kyi, « l'avenir du pays se trouv[ant] dans les mains du peuple birman » selon la déclaration conjointe), ainsi que la problématique nord-coréenne. Il reste que l'Union européenne en tant que telle demeure un acteur peu visible sur les sujets politiques, en particulier sur les questions de sécurité. La difficulté tient également à ce que le sommet de l'ASEM réunit non seulement l'Union en tant que telle mais aussi les chefs d'Etat des pays de l'UE, qui n'ont pas tous la même perception des sujets politiques.

Les difficultés institutionnelles persistantes de l'ASEM et la représentation de l'Union en question

La principale nouveauté du 8ième sommet de l'ASEM sur le plan institutionnel est son élargissement à la Russie, la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Elargissement qui ne s'est pas traduit par un renforcement structurel. Problématique abordée dans le cadre de l'ASEM (échec du Secrétariat virtuel lancé lors du 6ième sommet à Helsinki), la question importante de la stabilité à conférer au forum a une nouvelle fois été mise de côté. Si les initiatives « institutionnalisées » de l'ASEM (en particulier l'ASEF - Asia Europe Foundation) ont été saluées dans la déclaration conjointe, la constitution d'un Secrétariat permanent reste une pierre d'achoppement entre les membres. A l'heure où les sommets bilatéraux « parasitent » la valeur ajoutée potentielle du forum multilatéral et où l'ASEM s'élargit sans réelle volonté politique d'implication (représentation de la Russie au niveau du ministre des Affaires étrangères seulement), la mise en place d'un secrétariat permanent aurait été la bienvenue, au risque d'enfreindre la sacro-sainte « informalité » de l'ASEM.

Par ailleurs, la représentation européenne nous semble également poser problème dans le cadre de l'ASEM. Dans le contexte de la rationalisation souhaitée par le Conseil européen dans ses conclusions du 16 septembre 2010, le système de « triple représentation », avec la présence cumulée du Président du Conseil européen (Herman Van Rompuy), du Président de la Commission (José Manuel Barroso) et celui de la Présidence en exercice (Yves Leterme), peut étonner. Trois présidents lors d'une réunion de haut niveau : il n'est pas certain que ce soit le meilleur signe d'une Europe unie, à même de s'affirmer de manière plus ferme sur la scène internationale.


[1] 46 pays et deux organisations régionales, le Secrétariat de l'ASEAN et la Commission européenne. Ce forum représente environ 58% de la population mondiale, 50% du PIB mondial et plus de 60% du commerce international.

[2] Chair's Statement of the Eighth Asia - Europe Meeting, "Greater well-being and more dignity for all citizens", Brussels, 4-5 October 2010, disponible sur www.asem8.be/sites/default/files/ASEM%208%20Chair%27s%20Statement_0.pdf (accès le 8 octobre 2010).

[3] Brussels Declaration, "Towards on more effective global economic governance", Brussels, 5 October 2010, disponible sur http://www.asem8.be/sites/default/files/ASEM%208%20-%20Brussels%20Declaration%20on%20More%20Effective%20Global%20Economic%20Governance_0.pdf (accès le 8 octobre 2010).

[4] Confédération européenne des syndicats « ASEM-8 : Progrès en matière de travail, mais toujours trop d'importance accordée à la réduction du déficit », disponible sur www.etuc.org/a/7722 (accès le 13 octobre 2010).

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